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Au p'tit coin

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Pourquoi les exploits de Sarkozy agacent la presse mondiale, vu d'Italie - 3

Faire du vieux avec du vieux 

En matière économique, la “rupture” est loin d’être au rendez-vous. Le programme du président ressemble en effet à s’y méprendre aux bonnes vieilles politiques de droite.

Nicolas Sarkozy a réussi à susciter une confusion incroyable parmi les observateurs italiens. L’image d’un président jeune et ambitieux, contrôlant 70 % des voix au parlement et enrôlant l’opposition dans son gouvernement, est trop forte pour ne pas secouer les délicats sismographes avec lesquels nous mesurons les équilibres entre droite et gauche en Italie. Et pourtant Sarkozy suit fidèlement le modèle politique européen de la droite de ces quinze dernières années et sa politique économique est sans surprise : face à la pression de la mondialisation, il libéralise le marché du travail et protège celui du capital. Ses prédécesseurs conservateurs en France et dans les autres pays européens avaient fait exactement la même chose. Pour cela, Sarkozy, malgré son image fraîche et captivante, est un des politiques les plus surannés d’Europe.

Si une certaine confusion trouble les jugements italiens, c’est que le président français peut se permettre des choix non partisans en matière de politiques sociales ou de relations internationales. En revanche, son programme économique est limpide si on le lit selon les critères propres à la politique du XXe siècle. Ainsi, malgré la mondialisation et l’ouverture des économies, Sarkozy raisonne encore en termes de capital opposé au travail. Le programme que son Premier ministre François Fillon a présenté au parlement prévoit des réformes du marché du travail “rendues acceptables” par une protection renforcée des industries françaises contre la concurrence étrangère. On peut discuter pour savoir si l’une ou l’autre de ces mesures est juste ou pas, mais l’ajustement de l’économie française à la concurrence globale s’opère en assouplissant le seul facteur productif du travail, sans toucher ni réformer le capital.

Prenons le monde de l’entreprise, par exemple. Pour sa première apparition au Conseil européen, Nicolas Sarkozy a obtenu que la concurrence “libre et non faussée” soit retirée des objectifs “constitutionnels” de l’Union. Il a ensuite exigé que la politique monétaire défende mieux les entreprises et la croissance [en s’en prenant à la Banque centrale européenne]. Il a réaffirmé sa volonté de susciter des “champions nationaux”. Une politique aussi clairement orientée d’un côté vers la protection des entreprises et de l’autre vers l’ouverture du marché du travail est ce que nous appellerions un “protectionnisme partisan”. Une politique qui – à droite comme à gauche – a caractérisé non seulement les précédents gouvernements français, mais aussi les gouvernements allemands et italiens successifs face à la mondialisation. Le “protectionnisme partisan” est un réflexe politique qui fleure bon le siècle dernier. Il est aujourd’hui beaucoup plus difficile de distinguer entre capital et travail : dans une économie ouverte, ces deux facteurs ne sont plus opposés. Et pourtant cette opposition obsolète survit aujourd’hui dans le langage et dans les intérêts électoraux des partis.

Les pays qui ont fait face à la mondialisation avec succès, à droite comme à gauche, ont à la fois réformé le travail ET le capital. Margaret Thatcher a certes affaibli les résistances syndicales, mais dans le même temps elle a rendu les marchés financiers dynamiques et a entièrement ouvert le capital des entreprises britanniques. La même chose s’est produite sous des formes et selon des méthodes très différentes au Benelux et en Scandinavie. Même en Allemagne, les réformes des entreprises n’ont produit de résultats qu’après que le chancelier Gerhard Schröder eut finalement rendu le marché du travail plus dynamique. Des différences entre droite et gauche demeurent entre ces pays, mais, dans une économie “ouverte” à la mondialisation, protéger les intérêts partisans et en faire porter les coûts uniquement sur l’autre moitié de l’électorat selon la logique de l’affrontement idéologique “capital” contre “travail” n’a plus aucun sens.

Pour que Nicolas Sarkozy ne vieillisse pas politiquement avant l’heure, il devra montrer qu’il sait aussi ouvrir sur le vaste monde les entreprises françaises pour mieux les dynamiser. Son comportement vis-à-vis de l’Europe sera à cet égard révélateur. Car les politiques européennes s’opposent en effet à la surprotection des entreprises nationales, tandis qu’elles ont une influence moins directe sur les politiques du travail. Ce n’est pas un hasard si les responsables de la lutte contre les concentrations, la Banque centrale européenne et les politiques commerciales communes sont la cible du nouveau président français. 

 

Carlo Bastasin 
La Stampa
Paru dans Courrier international le 30/08/07