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Au p'tit coin

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J’ai inventé le Vélib’ et Attali n’en a pas voulu !

 

 

En 1989, un inventeur italo-argentin propose à Jacques Attali, alors conseiller de François Mitterrand, d’installer dans Paris un système de vélos en libre-service. Il est éconduit dans le quart d’heure. Et vingt ans plus tard…

 

“Nous souhaitons changer, mais nous ne sommes pas fous… ce que vous proposez va contre l’industrie de l’automobile et du pétrole. Et nous ne pouvons pas le faire.” Ce 16 octobre 1989, Jacques Attali, à l’époque conseiller du président François Mitterrand, congédia sur ces mots, après un bref entretien, un “inventeur” qui lui avait proposé un système de transport révolutionnaire, qui visait à réduire la circulation en ville et à faire baisser la pollution d’une manière draconienne.

Un plan fondé sur les vélos et un système informatique. Des vélos mis à la disposition des usagers par la municipalité et accessibles, pour une somme modique, à toute personne munie d’une carte de “déblocage” à puce, permettant de prendre un seul vélo à la fois. Un réseau d’emplacements était également prévu, près des arrêts du bus et du métro, où les usagers pouvaient prendre et déposer leur vélo. Le système informatique central enregistrait et gérait tous les mouvements. Bref, notre inventeur italo-argentin proposait au conseiller du président l’actuel système Vélib’.

L’inventeur évincé se nomme Pedro Kanoff. Né à Buenos Aires en 1944, émigré en Italie en 1972 pour fuir la répression politique, Kanoff est diplômé de l’Ecole polytechnique de Milan, où il a travaillé plusieurs années, et citoyen italien. Après avoir travaillé à Milan, il s’est établi aux Etats-Unis et est aujourd’hui conseiller informatique auprès de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international. “Quand je vivais à Milan, j’ai conçu un système de transport fondé sur le vélo. Je l’avais offert au maire de l’époque et à son adjoint aux transports, à des industriels et à des bailleurs de fonds, mais personne n’y a cru. Je suis allé voir Attali à Paris et il m’a mis à la porte au bout d’un quart d’heure, raconte-t-il. J’avais déposé le ‘projet vélo’ auprès de la Société italienne de brevets en 1989. La protection est tombée au bout de cinq ans. Je ne l’ai pas renouvelée car personne ne voulait financer mon projet et, pendant ce temps, je suis parti à Washington”, ajoute-t-il. A présent, ce système est un succès mondial. A Paris, JCDecaux, la multinationale de l’affichage, a lancé le projet Vélib’ le 5 juillet. Une bataille mondiale est en cours pour exporter le concept à Londres, à New York et à Moscou. Pour Kanoff, c’est la lutte de David et Goliath : “Je n’ai aucun droit légal. Je ne peux pas revendiquer l’exploitation économique de mon idée. Mais le système appliqué à Paris est très semblable à celui que j’avais inventé, à l’idée que j’avais exposée à Attali et à une douzaine de personnalités en Italie. Même s’il contient une erreur, que je ne révélerai pas. Je voudrais au moins voir reconnue la paternité de mon idée.” 

 

Gianni Dragoni

Il Sole-24 Ore

Paru dans Courrier international, hebdo n° 887 - 31 oct. 2007