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Au p'tit coin

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Le Pont des Ombres, un opéra anti Star'Ac plébiscité par les jeunes

Des centaines de scolaires de 8 à 16 ans ont plébiscité vendredi à Strasbourg "Le Pont des Ombres", un opéra d'Olivier Dejours interprété en avant-première par et pour des jeunes, à cent lieues du monde de la Star'Ac ou de Disneyland.

 

"C'était trop bien" s'exclame Patrice, 9 ans, à la sortie, tandis que son copain Benoît, bonne bouille joufflue, renchérit: "J'ai surtout adoré quand ils jouaient vite et fort comme ça", mimant un frénétique roulement de tambour. Dès l'extinction des lustres, l'Opéra du Rhin, comble jusqu'au poulailler, réagit au quart de tour avec des cris d'admiration devant le décor de Jean-Marc Stehlé et Audrey Vuong, un monumental pont qui barre la scène, dans cette histoire d'amour allégorique entre un empereur et une belle juive au 16e siècle.

 

Le rythme rapide de l'opéra et la mise en scène nerveuse de Michel Deutsch sont sans doute des ingrédients du succès auprès des enfants car les douze tableaux contrastés se succèdent à un train d'enfer dans une représentation d'une heure et quart. Sur scène et dans la fosse, 92 élèves du Conservatoire interprètent cette oeuvre commandée à Olivier Dejours qui a écrit le livret d'après un roman de Leo Perutz, un juif né à Prague en 1882 et mort en Autriche après la Shoah.

 

Le cymbalum, instrument d'origine tzigane et typique de l'Europe centrale, figure en bonne place sur la scène, ponctuant des instants dramatiques de l'histoire qui se mêle à l'Histoire, passage entre le monde slave et le monde occidental. La musique d'Olivier Dejours, ni facile, ni descriptive, suscite pourtant une large palette d'émotions auxquelles les jeunes élèves sont manifestement réceptifs: la terreur de la peste qui extermine même les enfants du voisin, la fragilité et la tendresse des amours coupables de l'empereur Rodolphe II avec la jeune épouse d'un riche marchand juif ou le cocasse de la conversation des chiens qui aboient sur scène en révélant où se trouve un trésor.

 

Ce conte pour enfants, aussi riche et raffiné qu'Alice au pays des Merveilles, partage avec l'art de Lewis Carroll le mépris de la chronologie, le sens du merveilleux et une exigence de qualité qui fascine les adultes. Le rabbin Loew permet à l'empereur, par ses pouvoirs magiques, d'aimer la belle Esther sous la forme d'un rosier et d'un romarin enlacés, sous le Pont de Pierre qui relie les deux rives de la Moldau à Prague. Mais la colère divine frappe la ville juive sous la forme de la peste jusqu'au moment où les arbustes sont arrachés, entraînant la mort de la belle Esther.

 

A la fin, l'ange pleure: il se rappelle que lui aussi a plié sous le poids de l'amour. "Le Pont des Ombres" sera donné samedi et dimanche en création mondiale à l'Opéra du Rhin à Strasbourg, puis à Mulhouse le 9 mars et Colmar le 4 avril.

(afp/7sur7)  29/02/08 20h15