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Au p'tit coin

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De l'hémoglobine de ver marin pour pallier la pénurie de dons de sang

Pour pallier la pénurie croissante de dons de sang, des biologistes basés à Roscoff (Finistère, France) espèrent pouvoir bientôt exploiter l'hémoglobine d'un ver marin ayant les mêmes propriétés fonctionnelles que l'hémoglobine humaine.

La molécule d'hémoglobine de l'arénicole, un ver des sables originaire des plages européennes de l'Atlantique Nord, possède de nombreux atouts, selon Franck Zal, directeur scientifique de la société de biotechnologie Hemarina. Notamment la propriété de ne "pas être enfermée dans un globule rouge, ce qui la rend compatible avec tous les groupes sanguins".

Atouts
En outre, injectée sur des rongeurs, cette molécule, la HbAm, transporte l'oxygène "sans poser de problème d'hypertension" et sans autres effets secondaires, contrairement à d'autres molécules chimiques ou biologiques déjà testées sur l'humain. Elle "se conserve à différentes températures et peut être congelée ou lyophilisée", précise le scientifique qui travaille sur l'arénicole depuis une trentaine d'années.

Enfin, atout majeur de la HbAm: sa concentration. "Quelques grammes suffisent à remplacer une poche d'hémoglobine humaine de 70 g", explique-t-il. En 2007, Franck Zal a créé avec sept associés la start-up Hemarina qui vise à l'extraction industrielle de la HbAm et à poursuivre les essais pré-cliniques et cliniques sur les arénicoles, fournies par une ferme aquacole britannique.

D'ici 2015

Les applications à terme pourraient être multiples. Selon le chercheur, l'HbAm peut être transfusée mais aussi aider à la transplantation d'organes, à la composition de pansements actifs ou encore à la culture cellulaire. Découverte en 2000, la molécule pourrait être disponible sur le marché d'ici 2010 pour certaines applications, "sous réserve que l'on trouve des partenaires industriels", tempère M. Zal.

Pour la substitution du sang humain, il faudra encore attendre les résultats sur des volontaires sains dans un premier temps (2010-2011), puis sur des malades (2011-2015). Ce n'est qu'alors que le produit, déjà protégé par cinq brevets, pourrait être commercialisé.

A l'échelle mondiale, les marchés potentiels sont prometteurs, assure le chercheur. Celui de la transfusion sanguine est, selon lui, estimé à près de 49 milliards d'euros par an. En effet, 70 millions de poches de concentré de globules rouges sont transfusées annuellement dans le monde quand il en faudrait 270 millions.

Manque constant

"Cela fait 50 ans que l'on cherche un substitut aux globules rouges, qui est le produit sanguin le plus demandé, et pour l'instant on n'en a pas trouvé", relève Luc Douay, directeur scientifique de l'Etablissement français du sang (EFS). "Et l'approche (d'Hemarina), comme toutes les tentatives, est la bienvenue", estime le chercheur qui travaille lui-même sur la culture de cellules souches visant à produire des globules rouges.

"On aura toujours besoin de transfusions sanguines. Mais les dons restent insuffisants. Donc notre but, c'est de venir en complément de ces dons", explique M. Zal. Selon l'EFS, les stocks sont actuellement insuffisants pour l'ensemble des produits sanguins en France. Plus de 2,5 millions de dons annuels seraient nécessaires pour faire face à la demande, mais l'EFS n'en recueille que 2,2 millions. "Et la demande progresse de 5% par an", s'alarme Franck Zal.

29/02/08 10h35