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Au p'tit coin

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Coup de froid sur la planète

Un vaste brassage d'eau dans le Pacifique, connu sous le nom de «La Niña», provoque un rafraîchissement des températures dans une grande partie du monde. Le réchauffement climatique n'en continue pas moins.

L'année sera froide. C'est en tout cas l'avis d'un grand nombre de météorologues, qui annoncent une légère baisse des températures mondiales en 2008 après des années de chaleur record. La raison en est un grand mouvement d'eau qui laboure depuis quelques mois le Pacifique, un phénomène connu sous le nom de La Niña.

Le plus grand océan du monde est parcouru tous les deux à trois ans par deux gigantesques courants: El Niño («le garçon» en espagnol, en référence à l'enfant Jésus étant donné sa coïncidence avec la période de Noël) et La Niña («la fille»). Ces phénomènes ont pour origine des renforcements de vents sur certaines régions du Pacifique. Vents qui tantôt chassent les eaux chaudes de surface de l'Amérique vers l'Asie, tantôt les ramènent à leur point de départ. Dans le premier cas, ces immenses brassages font remonter de l'eau froide des profondeurs marines, ce qui rafraîchit l'atmosphère de la moitié du globe: c'est La Niña. Dans le second, ils étalent les eaux chaudes qui s'étaient accumulées au large de l'Extrême-Orient, et réchauffent la même immense région: c'est El Niño.

Les deux courants ont une relation mystérieuse. S'ils sont liés en principe dans un même mouvement d'aller et retour, ils ne le sont pas systématiquement dans les faits. Preuve en est leur fréquence différente: le XXe siècle a connu 25 El Niño modérés à forts contre seulement 17 La Niña de même ampleur. Qu'importe! L'essentiel est que leur influence, elle, est énorme: l'un comme l'autre possèdent la particularité de provoquer une longue série de dérèglements météorologiques à une échelle rare.

Un nouvel épisode La Niña s'est amorcé au milieu de l'an dernier. Dix mois plus tard, il étonne les observateurs par sa durée et sa virulence. Le phénomène devrait durer au moins jusqu'au milieu de l'été. Et les températures des eaux de surface du centre et de l'est du Pacifique équatorial, qui étaient déjà de 1,5° à 2° inférieures à la moyenne en février dernier, ont continué de plonger.

Avec quels effets sur le reste du monde? L'organisation météorologique mondiale (OMM) assure dans un communiqué publié le 4 avril que La Niña a influencé le climat ces six derniers mois dans de nombreuses parties du globe, soit sur au moins deux océans (Pacifique et Indien) et quatre continents (Océanie, Amérique, Asie et Afrique). Elle met notamment sur son compte un refroidissement des températures en Chine, en Asie centrale, en Turquie, au Moyen-Orient et sur la côte Ouest des Etats-Unis.

Ailleurs, le rapport de cause à effet n'est pas systématique. Il n'existe aucun lien, par exemple, entre La Niña et le mois d'avril froid et pluvieux que connaît ces jours la Suisse. «Le printemps est une période de transition, au cours de laquelle tous les temps sont possibles, chaleur et neige, sécheresse et pluie, explique Frédéric Glassey de Meteonews. Nous ne notons en ce moment aucune anomalie remarquable. Si La Niña étendait son influence jusqu'ici, l'Europe aurait vu ses températures rafraîchir depuis l'automne, alors qu'elle a connu un hiver plutôt clément. Et le continent aurait réagi de manière uniforme, tandis qu'il connaît des situations très diverses. Mercredi dernier, pour ne prendre qu'un exemple, il faisait 17° à Lyon contre 8° à Genève.»

L'OMM, de son côté, s'est sentie obligée de multiplier les mises au point. Très sensible au réchauffement climatique, qu'elle a été la première grande organisation internationale à dénoncer, elle craint que le refroidissement causé par La Niña ne nourrisse le scepticisme à l'égard de ce qu'elle considère comme l'un des plus grands défis de notre époque.

Son dernier communiqué souligne en conséquence que si une partie du globe s'est bien rafraîchie durant le semestre écoulé, une autre a connu simultanément des températures plus élevées que la moyenne. Et de citer des anomalies de +2° à +5° en Europe et dans le nord de la Russie; de +1° à +2° dans l'ouest des Etats-Unis, au Mexique, dans le nord-est du Brésil, ainsi qu'au sud de l'Amérique du Sud; et de +3° à +4° dans de vastes zones de l'ouest et du centre de l'Australie, où des records de chaleur ont même été battus en janvier.

 «Le rafraîchissement constaté actuellement en de nombreux points du globe est dû à la variabilité naturelle du climat, a répété le 9 avril, à la radio des Nations unies, le secrétaire général de l'OMM, Michel Jarraud. Pour se faire une idée du changement climatique, il ne faut pas se baser sur ce genre d'événements ponctuels mais sur des tendances longues.» Et la tendance longue, elle, reste au réchauffement. 

Etienne Dubuis - Le Temps

Lundi 14 avril 2008