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Au p'tit coin

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Destituons Bush et Cheney !

Le dessinateur et chroniqueur Jeff Danziger estime que Bush est désormais devenu un personnage pratiquement inexistant, qui parle dans le vide et auquel plus personne ne s'intéresse. Il s'en prend aussi à la presse, qui l'a trop longtemps et trop servilement soutenu.

Nous sommes parvenus à un stade où le président des Etats-Unis, l'homme présumé le plus puissant de la planète, n'a plus qu'une existence immatérielle. Et il en sera ainsi jusqu'à la fin de l'année, quand la loi qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels l'obligera à céder sa place. Jusque-là, ce sera comme si nous n'avions pas de président. La situation est devenue si épouvantable qu'on ne plaisante même plus au sujet de George Bush.

La liste des erreurs du président est trop longue pour qu'on puisse les énumérer. Dans le domaine des métaphores graphiques – dont mes confrères humoristes et moi-même sommes friands – il a tout fait : renversé le car dans le fossé, descendu la rivière vers la cascade, sauté d'un avion avec un parachute déchiré et atteint le fond du trou tout en continuant de creuser. Mais plus personne ne se soucie ni de publier ce genre de dessins, ni de se préoccuper de la réaction qu'ils suscitent. Plus personne n'est prêt à défendre l'action du président, pas même les "jusqu'au-boutistes", pour reprendre le terme que M. Cheney a un jour utilisé pour désigner les derniers partisans de Saddam Hussein.

Mais une question demeure : "A qui la faute ?" Le nom du responsable qui vient en premier lieu à l'esprit est : la presse américaine, autrement dit les médias. Bien entendu, c'est aux journalistes eux-mêmes qu'il revient de se poser cette question. Et, naturellement, ils le font avec plus de discrétion que lorsqu'il s'agit de se vanter de leurs succès.

Toute la presse n'est pas coupable. Des âmes courageuses, et elles sont nombreuses, ont risqué leur carrière en présentant Bush comme un imbécile doublé d'un tyran, une curieuse espèce qui apparaît de temps à autre pour tester les limites de l'humanité. Un certain nombre de carrières ont capoté, d'autres ont été anéanties. Les journalistes qui agissaient comme l'enfant révélant que le roi est nu ont été tournés en ridicule ou vilipendés par ceux qui cautionnaient la politique catastrophique de Bush. Beaucoup d'autres ont souffert de leurs convictions. Des responsables de haut rang du Pentagone se sont vu reprocher leur manque de patriotisme et ont été poussés vers la sortie. Des économistes qui exprimaient leurs doutes sur la politique financière du pays n'ont pas été écoutés ou ont été traités d'imbéciles. Et des gens comme Colin Powell, qui se sont opposés aux idées de conseillers lâches et aveugles du président, ont été congédiés, et ce alors que ces conseillers recevaient la médaille présidentielle de la Liberté.

Le rôle joué par la presse n'avait rien de secret. Les grands esprits de la presse et des chaînes de télévision prenaient parti pour la politique présidentielle, patriotes par lâcheté, autrement dit pas patriotes pour un sou. L'attitude générale consistait à soutenir les troupes tout en les envoyant à l'abattoir. Chroniqueurs et commentateurs hésitaient à dénoncer les mensonges fréquents du président et du vice-président, mais ils se rachetaient en écrivant solennellement que la guerre était une horrible chose et qu'il y aurait beaucoup de morts. Ils exprimaient leurs regrets que le gouvernement censure les images de soldats rentrant au pays dans des cercueils ou en vie mais sans bras ni jambes, brûlés, défigurés et ayant perdu la raison. Il était affligeant, disaient-ils, que la population ne soit pas tenue au courant des véritables résultats de la politique de Bush. Et à présent, il est l'heure d'aller déjeuner.

Si, aujourd'hui, la presse américaine commence à revenir sur le passé, ce n'est pas parce qu'elle regrette son attitude, mais pour se délecter d'une bonne histoire. Il y a un certain cannibalisme chez les journalistes politiques. Comme en politique, certaines carrières se font aux dépens des autres. Les rivalités sont d'autant plus fortes que le nombre et l'intérêt des emplois dans le journalisme déclinent. Le camp de Bush et de la guerre sent le vent tourner et commence, comme on dit, à prendre ses distances.

Mais de sordides hésitations persistent. Les "mea culpa" vraiment sincères sont rares et, si certains reconnaissent avoir soutenu des politiques malhonnêtes et meurtrières, leurs aveux paraissent à petites doses et à plusieurs semaines d'intervalle. Les autres, comme s'ils ne se souvenaient de rien, gardent le silence et s'intéressent à d'autres sujets.

Au cours des sept à huit mois qui viennent, on se désintéressera de Bush. La meilleure option, qui serait de les destituer, lui, Cheney et quelques autres, en recourant à la procédure de l'impeachment", est jugée impossible et les démocrates eux-mêmes ne l'estiment pas souhaitable. S'il existe une sanction pour un président, c'est peut-être de ne pas prendre la peine de le destituer mais de le laisser adresser des discours à un auditoire indifférent, et attendre la fin de son mandat dans un bureau de plus en plus vide.

Dans le journalisme, des solutions inattendues peuvent aussi passer par la voie rédactionnelle, et c'est ce qui est arrivé le 31 mars dernier. Ce jour-là, le New York Times a publié en première page un article sur Eric Hall, un marine de Floride qui était rentré d'Irak blessé et traumatisé. Le jeune homme avait ensuite disparu, sans doute pris de panique en revoyant des images de la guerre. Après de longues recherches, son corps a été retrouvé dans une conduite d'égout par un vétéran du Vietnam qui s'était joint à l'équipe. Le journal a publié des photos du jeune marine, de sa famille éperdue de douleur et du vétéran du Vietnam. Ce dernier, âgé d'une soixantaine d'années, barbu et tatoué, portait un tee-shirt sur lequel on pouvait lire "Destituons Bush et Cheney". Enfin la solution au problème ! Et en première page !

04/04/08