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Au p'tit coin

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Etats-Unis : la "latinophobie" grandit

Les attaques racistes contre des Latinos sont de plus en plus fréquentes, s’émeut la presse latino-américaine depuis plusieurs mois. Ce que confirme une étude qui signale la multiplication des « groupes de haine ».

Carlos est un Latino de la deuxième génération qui est arrivé aux Etats-Unis lorsqu’il avait à peine 3 ans. Il y a dix ans, il a obtenu la nationalité américaine et ses deux enfants de 5 et 7 ans, nés aux Etats-Unis, parlent à peine espagnol, la langue maternelle de leurs grands-parents mexicains. Mais, depuis plusieurs mois, les deux enfants reviennent en pleurant de leur école de Portland (Oregon), bouleversés par les attaques constantes et les blagues de leurs camarades. « Papa, pourquoi on nous appelle saute-mur ? » demandent-ils, sans savoir que cette expression est le surnom à la mode donné aux clandestins qui traversent quotidiennement la frontière. Telle est l’édifiante histoire relatée par l’hebdomadaire colombien Cambio, qui conclut en ces termes : « Cette école est représentative d’une tendance qui gagne de plus en plus de terrain : la latinophobie, cette ambiance d’hostilité à laquelle est confrontée une communauté de plus de 45 millions de personnes. »

Ce n’est pas la première fois que la presse latino-américaine s’émeut de ce racisme croissant envers les Latinos. L’éditorialiste argentin Andrés Oppenheimer dénonçait déjà en novembre « l’hystérie qui grandit à l’égard des immigrés, encouragée par des chaînes de télévision irresponsables ».

Pour la revue Cambio, une grande part du problème est décrite dans le livre His Panic (Sa peur), qui vient de paraître et dont l’auteur, le journaliste Geraldo Rivera, affirme que les « Hispaniques sont devenus les Nègres d’antan : on les attaque à cause de la couleur de leur peau, sans faire la différence entre les clandestins et les autres ».

Le correspondant à New York du quotidien mexicain La Jornada reprend quant à lui les résultats d’une enquête du Southern Poverty Law Center (SPLC), une organisation spécialisée dans l’observation des groupes racistes et qui affirme que le nombre de crimes contre des Latinos a augmenté de 35% entre 2003 et 2006.

Selon cette étude, les groupes racistes se multiplient aux Etats-Unis. « On en compte 300 nouveaux depuis trois ans, certains sont répertoriés comme ultranationalistes, d’autres comme « groupes de haine » ». Selon Mark Potok, le directeur du SPLC,  « (ces groupes) se sentent soutenus et légitimés par certains commentateurs politiques ». Ainsi, la Federation for American Immigration Reform (FAIR), l’un de ces nouveaux groupes, citée largement par les médias lors du débat sur la réforme des lois sur l’immigration, est « prise au sérieux par les médias et le Congrès, alors qu’elle entretient des liens avec plusieurs groupes prônant la suprématie blanche ». C’est dans les Etats de l’Arizona, de la Californie et du Texas que le nombre de ces groupes a le plus augmenté. « Beaucoup de sénateurs républicains brandissent la bannière anti-immigrants, s’inquiète Cambio, et de nombreux Etats ont approuvé des mesures abusives. » Ainsi, « dans le Maryland, la police peut solliciter l’identification de n’importe quelle personne qu’elle soupçonne d’être en situation illégale, et, comme pour les Arabes depuis le 11 septembre (2001), avoir des traits hispaniques est suffisant pour être détenu et interrogé », constate Cambio.

Selon le SPLC, qui publie aussi les portraits des 20 activistes anti-immigrants les plus influents des Etats-Unis, certains d’entre eux proposent des mesures aussi aberrantes que violentes, qui vont « de la stérilisation des femmes mexicaines à la pose de mines le long de la frontière avec le Mexique ». 

Financial Times

Paru dans Courrier international, hebdo n° 908 - 27 mars 2008