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Au p'tit coin

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Là-bas hebdo n°15

Bonne année Chers amis,

Bonne année Chers AMG,

Bonne année taupes et colibris !

Le Courage frappe à la porte de la Peur. « Entre, entend-il ». Il entre.

Il n’y a personne.

« Oui c’est moi le colibri, l’oiseau minuscule pimpant et joyeux mais pas aujourd’hui car il y a le feu, notre grande forêt brûle, aussi je ne reste pas avec vous, j’y vais , j’y vole, je suis indigné, voyez comme je suis indigné les amis, d’ailleurs j’ai signé la pétition, « A bas le feu ! » mais ce n’est pas tout, je ne reste pas sans rien faire avachi devant ma télé, non, voyez à mon bec cette goutte d’eau, eh bien je vais la larguer dans les flammes, oh, certes ce n’est qu’un geste, mais c’est déjà ça, les amis, on est si impuissants, si petits, et l’on se sent tellement bien quand on fait le bien, après ça on peut se regarder dans la glace, car que faire d’autre en attendant que les flammes arrivent ? »

Un peu partout ces temps-ci on entend ce colibri. Les paroles disent à peu près « C’est déjà ça, le peu qu’on peut c’est déjà ça ».  Dans les années 80, c’était la chanson « C’est comme ça » qu’on entendait partout ;  c’est comme ça, c’est naturel, c’est normal, toute contestation est ringarde et extrémiste, enrichissez-vous ici et maintenant, l’Histoire est finie, « la dénonciation systématique du profit est à ranger au magasin des accessoires » affirmait Laurent Fabius fin 1983.(*)

Puis, avec les années 90, le retour des guerres et la montée des souffrances sociales, une dissidence s’est fait entendre et a réussi à rouvrir quelques brèches contre la soumission à « la réalité économique ».

Marx (Karl) l’avait dit : « L’économie politique, malgré son air laïc et matériel, est en réalité une science morale, la plus morale des sciences. Son dogme principal c’est le renoncement, l’abandon de la vie et de tous les besoins humains. »(**)

Mais même sans Marx on comprenait ; chacun dans  sa vie était confronté au chômage, à l’injustice sociale et à la compétition égoïste. La précarité était imposée à tous ;  un moyen radical pour décourager la plus modeste fronde, tant il est vrai que la précarité mène à la soumission.

Mais malgré tout, des échines se relevèrent. Malgré la diabolisation acharnée de toute critique sociale, malgré des médias fabriquant chaque jour amnésie et consentement (consensuel et sans suite) malgré, surtout, le bréviaire de l’ impuissance, partout inculqué, répété, psalmodié. « Le pouvoir nous veut tristes », disait Gilles Deleuze.

Malgré tout, des contre-feux s’allumèrent, vacillants, tâtonnants, mais suffisants pour troubler nos maîtres et leurs bons plaisirs.

En dix ans, de décembre 1995 à mai 2005, du rejet du Plan Juppé au rejet du traité de constitution européenne, ils passèrent d’un autisme hautain à une rage dédaigneuse contre ce peuple imbécile.eureusement inorganisé. Mais tout de même, il allait falloir trouver les moyens de détourner et de récupérer la « grogne » de ces gorets.  Pour cela les idées ne manquaient pas et les médias suivirent ;  mettre de l’éthique sur l’étiquette, faire du commerce équitable, du développement durable, repeindre les prisons, dénoncer bavures et dérives, fustiger la guerre, le terrorisme, Le Pen et le Sida. Et le Mal.

S’engager dans la guérilla contre les tarifs abusifs des opérateurs de téléphonie mobile, prendre le maquis  pour l’ouverture des centres d’hébergements pour les SDF toute l’année même le dimanche, rejoindre les brigades internationales pour la collecte des pièces jaunes… Bref, toutes les causes, toutes les luttes qu’on voudra mais à la condition de se tenir dans les limites de la morale, surtout rien de politique, rien qui risque de  remettre en cause l’ordre économique du monde, mais au contraire, le renforce et lui donne figure humaine,  celle du citoyen-consommateur par exemple, « Pour un capitalisme moral » voilà un possible mot d’ordre, ou bien,  encore mieux « Un autre capitalisme est possible ».

Car c’est cela le plus important. Que le colibri s’agite et s’épuise et démontre son impuissance, notre impuissance. Mais qu’il ne touche pas à l’ordre inéluctable. Que tout change pour que rien ne change. Changer la garniture, offrir le choix entre cornichon ou mayonnaise, mais ne pas toucher au plat de résistance. Cornichon Sarko, Mayonnaise Sego, que choisir ? Chaque jour nous vous aidons, amis auditeurs, en toute objectivité. Comprenez bien, changez le gérant si ça vous chante, mais pas question de toucher au fonds de commerce.

Voilà qui est capital.

Que le colibri ne demande pas pourquoi la forêt est en feu.

Que le colibri ne demande pas pourquoi depuis la privatisation des Sapeurs Pompiers, les camions sont en panne faute d’investissement.

Que le colibri ne sorte pas du  périmètre de la compassion.

Que le colibri n’entende pas sous la terre, dans le souterrain des choses, les taupes qui patiemment creusent et rongent en fredonnant, les pilotis du Grand Château de Carte.

Alors, en 2007, taupe ou colibri ?

Bonne année chers AMG !

Là-bas

* Cité par François Cusset,  La Décennie, le grand cauchemar des années 80, la Découverte, 2006

**  Marx Karl, (1818-1883) ; note in « Marx Engels Archiv », éditions Riazonov,Francfort. Cité par Raoul Vaneigem dans son « Dictionnaire des citations » Le cherche midi, éditeur, 1998.

Cette semaine, retour à Dubaï, l’eldorado ultralibéral d’où même les colibris sont partis. Trop peu de gouttes d’eau pour leurs bonnes œuvres dans ce désert de luxe et de splendeur ?

 

Aux Emirats Arabes Unis, les travailleurs immigrés représentent 90% des 1,7 millions de travailleurs du secteur privé. En 2004, 880 d’entre eux ont trouvé la mort sur l’un des innombrables chantiers du pays. Pour remédier à cette situation désastreuse, les Émirats ont nommé 80 inspecteurs pour surveiller les… 200 000 sociétés qui font venir et emploient les travailleurs immigrés. Il faut dire que les conditions de travail des ouvriers ne font pas partie des principales préoccupations des Émirats, plus intéressés par la prompte construction des palaces, complexes “modernes”, et autres centres commerciaux (dont le plus grand du monde affichant 400 000m2 de surface), destinés à répondre aux attentes des milliardaires locaux et à leur soif d’investir. Pour cela, il faut de la main-d’oeuvre. Les ouvriers viennent essentiellement d’Asie : ils n’ont aucune couverture, aucun droit et gagnent en moyenne 123 euros par mois. Certains, préfèrent se suicider. C’est le paradis ultralibéral…

Les cinq émissions de la semaine :

 

- Lundi 25 décembre http://mailing.la-bas.org/redirect.php4?id=7049&t=1

- Mardi 26 décembre http://mailing.la-bas.org/redirect.php4?id=7050&t=1

 

- Mercredi 27 décembre http://mailing.la-bas.org/redirect.php4?id=7051&t=1

- Jeudi 28 décembre http://mailing.la-bas.org/redirect.php4?id=7052&t=1

- Vendredi 29 décembre http://mailing.la-bas.org/redirect.php4?id=7053&t=1