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Au p'tit coin

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Sarkozy aussi simpliste que Rudy Giuliani

Le programme du candidat de la droite ressemble à celui de l’ancien maire de New York. Un peu court pour la France, estime le magazine Salon.

Même si Nicolas Sarkozy a en commun avec Napoléon sa courte taille, un tempérament de feu, l’ambition et l’autoritarisme, le candidat à l’élection présidentielle de l’Union pour un mouvement populaire (UMP) me semble plutôt être l’équivalent français de l’ancien maire de New York et actuel prétendant républicain à la candidature de 2008, Rudy Giuliani. Sarkozy se présente comme un réformateur radical, prônant en début de campagne électorale la “rupture”, promettant de s’attaquer au chômage et de moderniser l’Etat-providence. En clair, cet homme semble avoir façonné son personnage politique sur le modèle de l’ancien maire de New York. Comme ce dernier, il veut être dur avec la criminalité, n’hésite pas à polariser l’électorat et rejette les solutions toutes faites pour régler les maux de la société française.

Certes, lorsqu’il est devenu ministre de l’Intérieur pour la première fois, il a pris quelques mesures conciliantes envers les minorités : il a notamment proposé que la France instaure une forme de discrimination positive. Mais, durant son deuxième passage place Beauvau, Sarkozy a tout fait pour mériter son surnom de “premier flic de France” : il n’a pas hésité à envoyer la police dans des écoles primaires afin d’arrêter des sans-papiers et a essayé de faire passer une loi permettant de détecter les futurs délinquants dès la maternelle en étudiant les troubles comportementaux.
Son côté homme à poigne, ses déclarations maladroites et outrancières, le mépris affiché pour les laissés-pour-compte, sa volonté d’apparaître comme un “homme d’action” : comment ne pas penser à Giuliani ? Bien des problèmes de la France d’aujourd’hui -chômage persistant, criminalité en hausse, économie au ralenti- sévissaient à New York avant que Giuliani ne fût élu. New York et Paris ont aussi en commun un centre-ville riche et blanc, ainsi que des banlieues déshéritées hérissées de tours. Le plus étonnant est que ce parallèle entre Sarkozy et Giuliani fera sûrement plaisir aux Français. Tout simplement parce que Giuliani, en France, est aussi connu pour son “travail admirable”* sur la criminalité que pour sa bonne gestion du 11 septembre 2001. Mais on sait moins, toujours en France, que de nombreux facteurs étrangers à la gestion de Giuliani -démographiques, économiques, historiques- ont permis cette baisse de la criminalité.
Américanophile déclaré, Sarkozy a rendu à Giuliani une visite informelle quoique très médiatisée au cours de l’été 2002, alors qu’il venait d’être nommé place Beauvau. Bien que personne ne connaisse la teneur d’une conversation qui a duré une heure et demie, ses méthodes de ministre de l’Intérieur ressemblent étrangement à celles de l’Américain. Il y a d’abord cette obsession des statistiques et des résultats concrets. Sarkozy était aussi -et il est encore- un adepte de la tolérance zéro. Enfin, il prône un durcissement des peines prononcées contre les récidivistes. Par ailleurs, il s’est engagé, s’il était élu, à réduire les chiffres du chômage en interdisant aux allocataires de refuser deux offres d’emploi consécutives et en obligeant ceux qui perçoivent le revenu minimum d’insertion (RMI) à effectuer un travail, sous une forme ou sous une autre.
Ceux qui ont connu l’action de Giuliani lorsqu’il était maire de New York, ceux qui se souviennent de son discours implacable, ne seront pas dépaysés. On retrouve les mêmes formules, les mêmes certitudes, les mêmes solutions simplistes à des problèmes complexes comme la criminalité ou l’immigration
illégale. Même en admettant que les mesures de Giuliani -et non pas l’économie florissante des années 1990, la fin de l’épidémie de crack et l’afflux d’immigrants- aient effectivement réglé les problèmes de criminalité à New York, la réalité n’est pas du tout la même en France. Des phénomènes démographiques analogues, comme l’immigration, donnent lieu à des situations radicalement différentes, et il n’est pas du tout certain que Sarkozy bénéficie d’un contexte aussi favorable que Giuliani.

De plus, n’en déplaise à Sarkozy, le bilan de ses quatre années au gouvernement n’est guère éblouissant. La criminalité n’a fait qu’augmenter lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Mais la vraie question, au cours de la campagne pour le second tour, ne sera pas son bilan ou celui du gouvernement auquel il appartenait, ce sera Sarko lui-même. Cette élection tourne à un référendum sur sa personnalité. Les électeurs de Sarkozy sont convaincus qu’il est le seul candidat capable de mener à bien les réformes économiques qu’ils estiment nécessaires. En ce qui concerne ses idées sur l’immigration et la criminalité, ils préfèrent détourner le regard.
Pour ses opposants, les réactions face à Sarkozy varient du rationnel -il est protectionniste, son obsession sécuritaire n’a conduit à aucune baisse du taux de criminalité- à l’irrationnel, voire à une quasi-hystérie. Pour nombre de mes amis, la grande question est désormais : comment empêcher Sarkozy d’accéder au pouvoir ? Avec l’orgueil qui le caractérise, le candidat UMP n’a pas hésité, dans les colonnes du Figaro, à entrer dans les détails de ses premières mesures au cas où il serait élu. Les peines de prison ferme pour les récidivistes et la réduction draconienne des prestations sociales sont au menu.

* En français dans le texte.

Elisabeth Franck-Dumas - Salon

Publié dans Courrier international, hebdo n°860, 26 avril 2007

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