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Au p'tit coin

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Merci Jacques

 

Son âge, souvent mis en avant comme une tare, lui a donné la sagesse de ne pas participer à ce conflit et « rien que pour ça » je lui dis : merci Jacques ! »

 

VU D’AUSTRALIE : sa prudence mérite le respect 

L’habitude semble prise de tirer à vue sur le président sortant. Pour cet éditorialiste australien, c’est oublier un peu vite son courage pour supporter la francophobie des néoconservateurs américains. Les observateurs étrangers jugent sévèrement le bilan de Jacques Chirac. “Le départ d’un homme politique corrompu, vulgaire et obsédé par le sexe est toujours un motif de se réjouir”, estime Philip Delves Broughton dans le tabloïd britannique The Daily Mail. Permettez-moi de ne pas partager cette opinion. Le président français a certes pris de mauvaises décisions au cours de ses deux mandats, mais, sur le grand enjeu du moment (la guerre d’Irak), le “Bulldozer” [le surnom que lui donnait Pompidou] “corrompu, vulgaire et obsédé par le sexe” ne s’est pas trompé. Pour avoir su maintenir son pays à l’écart d’un conflit catastrophique et refusé de donner une légitimité à l’invasion en soutenant une seconde résolution à l’ONU, il mérite bien plus de louanges qu’on ne lui en a jusqu’ici accordé. On oublie trop facilement l’opprobre qu’ont subi Chirac et son pays pour avoir eu le courage de s’opposer au programme belliciste des néoconservateurs. L’expression “primates capitulards bouffeurs de fromage” était devenue l’injure la plus en vogue au moment où l’hystérie francophobe submergeait les Etats-Unis.

Jacques Chirac a alors été accusé d’être à la solde de Saddam Hussein, avec le rappel constant d’une phrase datant de 1975 (où il déclarait au président irakien : “Vous êtes mon ami personnel, vous êtes assuré de mon estime, de ma considération et de mon affection”) par des esprits à la mémoire sélective, visiblement moins soucieux de noter la visite peu reluisante de l’ancien ministre de la Défense américain, Donald Rumsfeld, à Bagdad dans les années 1980. Une fois trouvées les armes de destruction massive, nous assurait-on, Chirac serait la risée du monde. “La France (et l’Allemagne) risquent d’être totalement discréditées en tant que membres sérieux de la communauté internationale”, s’aventurait alors Anne Applebaum, éditorialiste au Washington Post. Mais, quatre ans plus tard, ce sont les Etats-Unis et la Grande-Bretagne qui ont vu leur crédit international diminuer comme peau de chagrin. Aujourd’hui, la France, grâce à son opposition à la guerre d’Irak, est sans doute le pays occidental le plus respecté non seulement au Moyen-Orient, mais dans le monde entier.

Neil Clark - The Australian

 


 

MONDE ARABE : Il fut un si grand chef arabe !

Le bilan moyen-oriental de Chirac est des plus prestigieux, explique l’écrivain libanais Khayrallah Khayrallah. Son successeur, lui, n’a qu’une ambition : gérer l’Hexagone.

Après le scrutin présidentiel du 6 mai, une page est tournée dans l’histoire de la France. Car Jacques Chirac, le successeur de François Mitterrand, est le dernier des grands hommes politiques de la France de l’après-guerre. Il est le dernier des présidents français à pouvoir dire non à un président américain, le dernier à ne pas se préoccuper seulement des dossiers franco-français. Ses successeurs seront présidents de la seule France, ce dont la campagne électorale a fourni la meilleure preuve puisque les questions internationales en ont été pratiquement absentes.

Jacques Chirac quitte la présidence, mais, pour les Arabes, en tout cas pour ceux qui ont à cœur la défense de leurs causes et qui refusent d’être des pions au service des intérêts géopolitiques de telle ou telle puissance, la gloire ne le quittera pas. François Mitterrand et Charles de Gaulle mis à part, aucun autre chef d’Etat en Europe, voire au monde, n’a fait autant pour les causes arabes, pour l’Irak et pour la Palestine que Jacques Chirac, lui qui a mieux compris la région que tous ses homologues. Il mérite donc d’être considéré comme un véritable chef arabe, surtout en ce moment où les peuples arabes sont à la recherche d’une personne qui puisse jouer ce rôle sans céder aux surenchères et à la démagogie.

Jacques Chirac, cet homme libre et courageux, a été un véritable chef arabe quand il a défendu le Liban afin de préserver la liberté, la souveraineté, l’indépendance, la démocratie et le pluralisme de ce petit pays. Il avait compris que les équilibres du Moyen-Orient étaient en cause. Tant que la présence militaire syrienne au Liban servait à assurer la stabilité, il l’a soutenue. Loin de tout aventurisme politique, il avait aussi à cœur de préserver les intérêts syriens. C’est dans le même souci de stabilité que, plus tard, il a souhaité la fin de toute présence militaire étrangère, celle de la Syrie aussi bien que celle de l’Iran, qui y est implanté par le biais du Hezbollah.
Jacques Chirac a également été un véritable chef arabe en ce qui concerne les Palestiniens. Il n’a jamais cessé de soutenir leur cause et leur droit d’établir un Etat indépendant avec Jérusalem-Est pour capitale. Il s’est inscrit dans la continuité de la diplomatie française, soutenant l’instauration de deux Etats sur la terre de la Palestine historique, dont un Etat palestinien indépendant. A l’un des pires moments de l’histoire des Palestiniens, il a fait une visite en Israël, défiant l’occupant dans son fief et affrontant ses soldats. Rappelons-nous la scène : il se promenait dans la vieille ville de Jérusalem entouré par des forces de sécurité israéliennes qui limitaient sa liberté de mouvement, ne lui laissant d’autre choix que de leur crier à la face qu’il n’avait pas besoin de leur protection et de menacer de reprendre l’avion si ces tracasseries ne prenaient pas fin.
Mais c’est au sujet de la question irakienne, en s’opposant à la guerre de Bush fils, qu’il a révélé son envergure, démontré la portée de sa vision et prouvé la profondeur de son analyse. Il savait pertinemment ce que signifieraient l’entrée des forces américaines en territoire irakien et une occupation étrangère de Bagdad. Il s’est dressé courageusement contre la superpuissance américaine alors qu’il savait parfaitement que la France allait devoir le payer cher dans ses zones d’influence traditionnelles à travers le monde, notamment en Afrique. Et, à la fin, il s’est révélé qu’il avait raison. Tôt ou tard, il apparaîtra également qu’il avait adopté de justes positions sur la question libano-syrienne et palestinienne, et qu’il avait raison aussi de tenir une ligne ferme sur celle du nucléaire iranien. (Concernant ce dossier, il est en réalité l’un des plus souples des chefs d’Etat occidentaux.)
Mais le plus important de tout, c’est son humanisme. Il déteste par-dessus tout le mensonge et l’hypocrisie. Il est de ces hommes qui donnent un sens aux relations humaines parce qu’il croit en la loyauté. C’est décidément une qualité rare de nos jours, surtout chez les rois, les présidents et les puissants. Les Arabes le regretteront beaucoup.

 

Khayrallah Khayrallah – Al Raï Al-Aam

 

VU DE PALESTINE : Rue Chirac

Al-Ayyam rend un vibrant hommage au président français sortant, “grand ami” du peuple palestinien.

Tous les feux de Ramallah passeraient au vert pour Jacques Chirac s’il venait dans cette ville pour une seconde visite. Car ces feux tricolores, c’est à lui qu’on les doit. Il avait remarqué que la ville n’en avait pas quand il était venu, en 1996. A l’époque, Yasser Arafat était assiégé par les Israéliens dans la fameuse Mouqataa, sa résidence officielle. C’est là, sur l’héliport aménagé dans la cour du bâtiment, qu’il avait atterri, premier président d’un grand pays à braver le siège des Israéliens et à rompre l’isolement d’Arafat. Depuis Charles de Gaulle le grand militaire, en passant par François Mitterrand le grand esprit, jusqu’à Jacques Chirac le grand homme, la France a su faire évoluer l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), sa politique étrangère et même ses orientations idéologiques.

Paris a été la première capitale européenne à accueillir Yasser Arafat avec tous les honneurs officiels. Il avait gravi les fameuses marches du non moins fameux palais de l’Elysée pour être reçu par François Mitterrand, probablement le plus cultivé et le plus perspicace des chefs d’Etat de son époque. Arafat a bien rendu à la France cet acte de noblesse lors de la visite de Chirac, le premier président à se poser en hélicoptère dans l’enceinte de la Mouqataa. Les Palestiniens n’oublieront pas non plus que Chirac a été le premier chef d’Etat étranger à se recueillir devant la dépouille d’Arafat, décédé dans un hôpital parisien.
Mais rappelons-nous l’automne 1996. Combien Arafat aurait aimé se promener main dans la main avec Chirac dans les ruelles de Jérusalem ! Combien il aurait aimé l’entraîner sur l’esplanade des Mosquées ! Combien il aurait aimé l’accompagner pour serrer les mains de ses compatriotes ! Les Israéliens l’en avaient empêché et Chirac a dû se promener sans son hôte palestinien dans la vieille ville de Jérusalem-Est. Ce qui a donné lieu à cette fameuse scène où on l’a vu admonester les policiers israéliens : “Laisser les gens venir vers moi. On est entre amis.”

Si les villes de Ramallah et de Gaza ont une vie culturelle, c’est en grande partie grâce à la France. Si le cinéma palestinien est debout, c’est encore en grande partie grâce à la France. A Gaza, il y a une belle rue qui porte le nom de Charles de Gaulle. A Ramallah, la mairesse, Jeannette Mikhaïl, a eu la bonne idée d’honorer notre ami Jacques Chirac en donnant son nom à l’une des rues de la ville. Parce qu’il nous avait dotés de feux verts et de centres culturels pour éclaircir nos vies. Après la mort d’Arafat, un drapeau français flottait sur la Mouqataa avec ces mots : “Merci la France !”*
* En français dans le texte.

Hassan Al-Batal - Al-Ayyam

 

 

 

 


 

 


 

« On peut dire beaucoup de mal de Jacques Chirac, d’ailleurs personne ne s’en privera.

 

J’ai trouvé trois articles dans Courrier international du 16 mai 2007 (hebdo n°863) qui ont le courage et l’honnêteté de lui rendre hommage, car s’il n’a fait qu’une chose bien durant ces deux mandats c’est de ne pas avoir entraîner notre pays dans une guerre.