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Voyages en France mais aussi et surtout ailleurs, loin.

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Sarkozy et Kadhafi, naissance d'une amitié virile

La signature d'un protocole d'accord sur la livraison d'une centrale nucléaire par la France au régime libyen a choqué en Allemagne. Les critiques fusent au sein des partis politiques – droite et gauche confondues –, ainsi que dans la presse. "Après l'intervention humanitaire de la première dame de France à Tripoli, la scène est désormais occupée par des hommes, des vrais", ironise la Berliner Zeitung dans son éditorial. "La poitrine bombée, le pas assuré, la mine déterminée, Mouammar Al-Kadhafi et Nicolas Sarkozy font de la grande politique. La France ramène la Libye dans le cercle des nations respectables, elle aide un voyou repenti à se réarmer, elle lui promet une centrale nucléaire. En contrepartie, la Libye doit faire barrage aux migrants africains qui veulent entrer en Europe et lutter contre le terrorisme, cette ancienne spécialité de Kadhafi. Enfin, les deux parties se réjouissent de voir s'ouvrir les réserves de pétrole libyennes."

Mais ce n'est pas tout, observe le quotidien allemand. "Les deux hommes voient encore plus grand. Sarkozy cherche des alliés pour son projet d'Union méditerranéenne. Un concept dont l'objectif est de renforcer les liens entre la Turquie et l'Europe, tout en refusant aux Turcs le statut d'Etat membre de l'UE. De son côté, Kadhafi ne cesse d'essayer de bricoler des 'Etats-Unis d'Afrique', son rêve depuis des années."


L'Union méditerranéenne, cette idée de Sarkozy, suscite un vif intérêt à Tripoli. "Rien n'est plus flatteur pour la mégalomanie de Kadhafi que la perspective de pouvoir jouer un rôle de premier plan dans cette nouvelle organisation. La Libye ne se trouve-t-elle pas, comme l'ancienne Carthage, à mi-chemin entre l'Occident et l'Orient, entre le Nord et le Sud, pour ainsi dire au centre du monde ?"

L'ennemi d'hier veut être un ami. Il a renoncé au terrorisme. "Mais peut-on lui faire confiance ?" demande la Berliner Zeitung. "La négociation qui a précédé la libération des infirmières bulgares devrait au contraire nous inciter à encore plus de méfiance. Rien n'interdit de faire du commerce avec la Libye, de normaliser les relations, de favoriser l'ouverture du pays." Mais, conclut l'éditorial, "à ce stade, les centrales nucléaires et les armes ne sont pas des marchandises indiquées – même si ce sont les jouets préférés des hommes qui se croient importants."
 
Paru dans Courrier international du 27/07/07
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