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29 Août 2007
"Je me fous des Bretons". Dans son livre, L'Aube, le soir ou la nuit, Yasmina Reza rapporte ces propos qu'aurait tenu le président de la République, alors simple candidat, lors d'une visite en Bretagne le 1er mai. Des propos qui n'ont pas manqué de vexer les intéressés. L'Elysée dément et assure que le chef de l'Etat "aime la Bretagne".
Nicolas Sarkozy aurait tenu ces propos lors d'une visite à des marins à Plouarzel. (Reuters)
Après Maubeuge, la Bretagne. A chaque jour, son extrait grinçant du livre de Yasmina Reza. La semaine dernière, le maire socialiste de Maubeuge, Rémi Pauvros, avait dû monter au créneau pour défendre sa ville, après la publication de l'ouvrage. La romancière, qui a suivi le candidat pendant toute la campagne présidentielle, rapporte des propos échangés avec Nicolas Sarkozy. "Si on te mettait avec Cécilia et les enfants à Maubeuge, tu te jetterais dans la rivière", lui suggère-t-elle. Ce à quoi, il répond: "Je deviendrais le roi de Maubeuge en deux ans."
Cette-fois, la petite phrase qui ne passe pas inaperçue concerne la Bretagne. Et ses habitants. "Qu'est-ce qu'on va foutre dans un centre opérationnel sinistre à regarder un radar ? Qui a eu cette idée de demeuré ? (...) Je me fous des Bretons. Je vais être au milieu de dix connards en train de regarder une carte ! (...) Derniers jours de campagne dans une salle à voir une carte ! Grand sens politique vraiment !", aurait pesté Nicolas Sarkozy le 1er mai, cinq jours avant le second tour, alors qu'il s'apprêtait à visiter le Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage (Cross) Corsen à Plouarzel.
"Nous voulons qu'il s'explique"
Contactés par leJDD.fr, les marins du Cross Corsen se sont dits "extrêmement déçus, presque révoltés". "Nous n'avons pas l'intention de laisser passer ça. Nous allons écrire un courrier au président. Nous voulons qu'il s'explique. Ces propos sont inacceptables, nous ne pouvons nous laisser insulter sans réagir", nous a confié l'un d'entre eux. Les mots sont difficiles à accepter pour ces militaires qui mettent leur vie en péril pour en sauver d'autres.
Interrogé sur l'attitude du candidat pendant la visite, un marin se souvient qu'il "n'avait pas l'air plus intéressé que ça", racontant qu'en lieu et place de la visite d'une heure qui leur avait été promise, le candidat était resté dix minutes.
Des propos "choquants et méprisants"
La presse régionale se fait l'écho de l'indignation des Bretons. "Des commentaires fort peu sympathiques ", estime ainsi Ouest-France. L'Agence Bretagne Presse a quant à elle proclamé Nicolas Sarkozy "personnage indécent, illégitime en Bretagne".
Côté politique, les partis régionalistes bretons s'en donnent à coeur joie. Pour l'Union démocratique bretonne, ces propos "trahissent un mépris pour le sort des gens de mer et le monde maritime d'une façon générale". Le Parti breton dénonce pour sa part une droite française qui a "des problèmes avec les Bretons", rappelant les propos tenus par Charles Pasqua, au soir du référendum de Maastricht. Alors que la Bretagne approuvait par 60% le traité européen, Charles Pasqua chantonnait à la télévision: "Les Bretons, c'est comme les cochons..."
Dans les colonnes de Ouest-France, lundi, le président de la région, le socialiste Jean-Yves Le Brian, déclare: "Si ces propos sont exacts, ils sont choquants et méprisants. Ils méritent pour le moins excuse et réparation à l'égard des Bretons, qui peuvent légitimement s'estimer insultés." Même son de cloche du côté de la députée socialiste du Finistère, Marylise Lebranchu: "Quelqu'un de fatigué peut dire des bêtises (...) Mais c'est peut-être un cri du coeur. Il s'en fout peut-être vraiment de la Bretagne et du Cross Corsen."
"Il aurait visité Disneyland, c'était la même chose", estime pour sa part François Cuillandre, maire de Brest, dans un entretien accordé au Télégramme. Le maire de Carhaix et conseiller régional, Christian Troadec, souhaite quant à lui "bonne chance" au président pour sa prochaine visite en Bretagne.
"Au fond de lui, il ne pense pas ça"
Coté UMP, on explique que le candidat est "arrivé fatigué à Brest". "Il était plutôt agacé par la mauvaise organisation de cette fin de campagne", se souvient notamment l'élu brestois Fortuné Pellicano, dans Ouest-France. "Au fond de lui, il ne pense pas ça des Bretons. Sincèrement", estime-t-il.
Son entourage aurait pourtant confié au Télégramme: "Nous craignons qu'il se foute vraiment de la Bretagne. Il passe ses vacances aux Etats-Unis, à Saint-Tropez. La Bretagne, pour lui, c'est la pluie." Interrogé lundi après-midi, le service de presse de l'Elysée fait savoir que "la présidence ne fait pas de commentaire sur un livre". L'Elysée a tout de même démenti dimanche soir l'information au Télégramme: "Nicolas Sarkozy n'a jamais tenu ces propos, il aime la Bretagne et il apprécie les Bretons."
La polémique est même arrivée Outre-Manche. Dans son édition du 23 août, le Times publie les propos du candidat Sarkozy, dans un article au titre explicite: "Vaniteux, obsédé par lui-même et cruel." "Je dis ce que je pense", avait déclaré le président lors de la campagne. Un peu trop, estimeront sans doute les Bretons.