Voyages en France mais aussi et surtout ailleurs, loin.
22 Septembre 2007
L’épine Betancourt
Sur l’échiquier mondial, la Colombie et le Venezuela sont des pions, pas des fous, et c’est la France qui tire les ficelles. Si Sarkozy prend la peine de danser avec deux pions, il doit avoir ses raisons. Le calcul avec Chávez (le carnet de chèques le plus rapide du monde), c’est qu’on peut lui vendre des avions, des radars, des fusils, des missiles. Et, de plus, il paie comptant. Quant à Uribe, il dirige un pays qui se résume pour l’Elysée à une épine plantée dans le cœur de l’opinion publique française : Ingrid Betancourt. Il y a d’ailleurs une curieuse contradiction chez Nicolas Sarkozy. Une vieille tradition voulait qu’en France, chaque 14 Juillet, le président français amnistiât plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de prisonniers. Cette année, alors que d’un côté il annonçait son intention de rompre avec cette tradition, M. Sarkozy demandait à un pays lointain – la Colombie – de faire libérer le plus important de ses prisonniers : Rodrigo Granda, l’un des principaux dirigeants des FARC. Décidément la rigueur gauloise a tendance à se déliter sous les tropiques.
Héctor Abad Faciolince
Semana
Paru dans Courrier international, hebdo n°878, 30 août 2007.