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Voyages en France mais aussi et surtout ailleurs, loin.

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Vu d'Argentine, la France n'est plus un exemple

Une alternance saine a certes été rétablie. Mais la France ne peut plus servir d'exemple aux pays du tiers-monde. Car rien n'y est aussi égalitaire ou idéal qu'on pourrait le croire. Le machisme, les questions liées à l'immigration et les dérives vers le patriotisme observés pendant la campagne ne sont pas dignes d'une démocratie avancée.

 

Aujourd'hui, une autre campagne commence. Une fois encore, elle va mettre aux prises la gauche et la droite, mais sous une forme nouvelle. Il y aura un second tour classique, droite-gauche, mais avec cet élément inédit : une femme comme première candidate de l'une des démocraties historiques d'Occident.

 

Ce que l'on a vu et entendu pendant la campagne doit servir aussi de contre-exemple pour de nombreux pays émergents ou du tiers-monde qui observent avec dévotion le fonctionnement des opulentes démocraties occidentales : rien n'y est aussi égalitaire ni aussi idéal qu'on peut le penser. Les torrents de boue et de machisme qui se sont déversés sur la candidate ne paraissent pas dignes d'une démocratie avancée. Les questions liées à l'immigration, à l'identité nationale et certaines dérives vers le patriotisme ne semblent pas non plus cadrer avec la vision qu'a le reste du monde d'une démocratie comme celle de la France. Le sexisme et un certain racisme structurel se sont pourtant manifestés quotidiennement ces trois derniers mois. Les immigrés craignent la victoire de Sarkozy. Pour beaucoup, sa présidence équivaudrait à une expulsion, à une réduction de leurs acquis, y compris pour ceux qui résident légalement en France depuis plusieurs décennies et sont parfaitement intégrés. Son discours, qui mêle les idées les plus disparates, incite à la crainte et à la prudence.

 

Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sont deux survivants d'un système qui laisse peu de places aux marges. Sarkozy a recueilli un très grand nombre de voix, alors même qu'il a passé cinq ans dans un gouvernement qui a exacerbé la fracture sociale. Royal a eu raison des éléphants – les leaders socialistes – et de tous ceux qui, dans les médias, la considéraient comme une candidate d'opérette. On peut presque penser que la présence de Ségolène Royal au second tour est un miracle. Tout ce que la France compte de personnalités politiques s'est moqué d'elle à un moment ou un autre. Son propre parti n'est pas étranger à cette vague de plaisanteries qui circulaient dans la classe politique française. Ceux-là même qui la défendaient à contrecœur sur les plateaux de télévision dimanche soir l'ont démoli hors caméra.

 

Au-delà des résultats obtenus par les deux protagonistes, la société s'est mobilisée – notamment par un fort taux de participation – pour laver l'affront de la présidentielle 2002, qui avait vu le Front national se qualifier pour le second tour. Amer, vieilli, rancunier, Jean-Marie Le Pen a vitupéré dimanche soir contre un "système" qui l'aurait marginalisé. Mais les 11 % qu'il a obtenus et les constants appels du pied de Sarkozy en direction de l'extrême droite, prouvent que cette tendance continue d'attirer des millions de voix en France.

 


Aujourd'hui, une alternance saine a été rétablie. Espérons que des millions de personnes n'auront plus l'impression qu'elles vont être expulsées ou que la couleur de leur peau donne des voix à ceux qui les méprisent.

 

Santiago O'Donnell Página 12

 

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