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Voyages en France mais aussi et surtout ailleurs, loin.

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La villes sans limite - Bientôt des e-villes ?

 

Les centres périclitent, les banlieues s’étendent. Mais ce mouvement n’est pas irréversible.

 

Alors que la population des villes ne cesse de croître, il pourrait sembler étrange d’annoncer leur prochain déclin. Cette prédiction n’est pourtant pas nouvelle : déjà en 1967, Marshall McLuhan déclarait : “La ville n’existe plus sauf en tant que fantôme culturel pour touristes.” Aujourd’hui, de nombreux urbanistes, comme James Heartfield, partagent ce point de vue. Ils soulignent que la plupart des vieilles villes connaissent un déclin économique et que, dans certaines régions, elles perdent plus d’habitants qu’elles n’en gagnent.
Dans certaines villes des Etats-Unis, comme Detroit ou Philadelphie, bon nombre de maisons se revendent moins cher que leur coût de construction. Les Américains pauvres ont tendance à vivre en centre-ville à cause de la proximité des transports publics et des services municipaux, explique Edward Glaeser, professeur à l’université Harvard.

 

Le centre-ville est peut-être plus un lieu de travail ou de distraction qu’un lieu de vie. Cela est notamment vrai de Los Angeles, en dépit de ses efforts pour se doter d’un centre vivant et agréable. Les banlieues, surtout celles qui sont assez anciennes, présentent désormais toutes les caractéristiques d’une ville : un “centre”, des boutiques huppées, le siège social d’une grosse entreprise, parfois une mégaéglise, un cinéma, un orchestre symphonique et, bien souvent, une armée d’immigrés latino-américains qui n’ont jamais mis les pieds dans un ghetto du centre. Les banlieues sont moins codifiées.

 

Cette situation est peut-être typiquement américaine, mais le phénomène des banlieues ne l’est pas. Dans son livre Sprawl, Robert Bruegmann cite Daniel Defoe qui remarquait, il y a trois cents ans, le nombre croissant de propriétés de “gentlemen de qualité” dans les villages du Surrey, près de Londres. A l’heure actuelle, seuls 9 % des Britanniques vivent en ville, contre 43 % en banlieue et à peine 5 % à la campagne, note Heartfield. Même la France, qui a connu une urbanisation tardive, compte de plus en plus de banlieues*. Celles-ci sont généralement associées aux immigrés, à la pauvreté et aux troubles. Mais cela n’est vrai que de certaines banlieues proches des grandes villes. Les banlieues plus lointaines ressemblent beaucoup à leurs sœurs américaines : elles sont blanches, prospères et de plus en plus peuplées à mesure que les centres-villes perdent des habitants.

 

Ceux qui prophétisent la fin des villes avancent également l’argument des changements économiques et techniques, qui semblent rendre caduque l’une des premières raisons du peuplement des villes. Les gens n’ont plus besoin de se rendre sur l’agora* pour faire leurs affaires. Les technologies de l’information leur permettent de travailler où bon leur semble. Sachant qu’ils peuvent également avoir leur dose de religion, de sport ou de culture par l’intermédiaire de la télévision et qu’ils peuvent travailler ou faire leurs courses par ordinateur, pourquoi s’installer en ville ?

 

Mais n’allons pas si vite. D’autres changements laissent penser que c’est l’étalement, plutôt que les villes elles-mêmes, qui est condamné. La place est limitée, la population ne cesse de croître et le règne de la voiture touche peut-être à sa fin. Dans un contexte de réchauffement climatique et en l’absence d’alternative économique au pétrole, on ne pourra peut-être plus se ermettre de vivre à 20 kilomètres de son école, de son bureau, de la baby-sitter ou du Starbucks. Et puis, pour tous ceux qui sont dans le coup, la ville reste l’endroit à la mode. Dans les villes américaines, près de 60 % des emplois proviennent de la “nouvelle économie”, par rapport aux 40 % créés par les banlieues étalées autour d’hypermarchés du type Walmart. Et, une fois arrivés au sommet, ceux qui ont réussi ne choisissent pas systématiquement de retourner aux grands espaces : les zones les plus densément peuplées du Royaume-Uni sont les quartiers branchés de Kensington et de Chelsea, à Londres.
Quand il se projette dans l’avenir, William Mitchell, professeur au Massachusetts Institute of Technology (MIT), imagine la ville du futur comme “la nouvelle métropole des réseaux à l’ère numérique”. Selon lui, les villes du xxie siècle seront des “e-topies”, où les gens vivront et travailleront au même endroit, mèneront des vies sociales locales au milieu de communautés fortes et dans des quartiers adaptés aux piétons, tout en se réunissant aussi dans le monde virtuel. Cette vision peut paraître irréaliste aux habitants des bidonvilles de Kibera (Nairobi) ou de Dharavi (Bombay). Eux ont avant tout besoin de sortir de la pauvreté et de leurs taudis. Mais la technologie peut aussi les aider, en fournissant des moyens de transport fiables et bon marché, car ils pourraient ainsi s’installer sur des terrains moins chers en banlieue.

 

Quoi qu’il en soit, pour eux comme pour les habitants des villes occidentales, le retour à la campagne n’est pas pour tout de suite.*

 


En français dans le texte.

 

The Economist

 

Paru dans Courrier international, hebdo n°964, 24 mai 2007

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