Voyages en France mais aussi et surtout ailleurs, loin.
8 Septembre 2007
Un partenaire inconfortable
Outre-Rhin, on craint que ce président libéral ne se révèle inconstant et ne cède à la facilité en cherchant des compromis.
Les sondages indiquent qu’une majorité de Français approuvent la soif d’activité du nouveau locataire de l’Elysée. Sarkozy n’a encore demandé aucun gros sacrifice à ses concitoyens. Sur le plan économique, ses projets de réforme visent essentiellement, jusqu’à présent, à augmenter le pouvoir d’achat des Français en réduisant les prélèvements obligatoires. Les entreprises mériteraient pourtant plus d’attention. Ainsi qu’en atteste le déficit de la balance du commerce extérieur, l’industrie française perd de sa compétitivité. Les petites et moyennes entreprises qui investissent et se développent grâce à l’innovation pour conquérir le monde sont trop peu nombreuses. Les entreprises sont toujours limitées par les mêmes freins depuis des années : le poids des impôts et des charges sociales, la complexité du Code du travail en matière de licenciement et une bureaucratie étouffante. Sarkozy, l’homme d’action, reste cependant à l’écart de ce chantier. La réforme de l’impôt sur les sociétés devra attendre. Voilà qui est fort regrettable, à l’heure où la conjoncture mondiale n’est guère favorable. Les entreprises françaises auraient bien besoin d’un cadre plus propice dans l’Hexagone.
Les responsables gouvernementaux mettent l’ajournement des réformes favorables au patronat sur le compte de la mauvaise santé des finances publiques. De fait, les moyens sont limités, et le plus urgent est de fixer les priorités. Rien ne sera possible tant que les dépenses publiques ne seront pas comprimées. Le nombre de suppressions de postes de fonctionnaire cette année est encore loin de ce que Sarkozy avait promis. Dans le même temps, les déficits des caisses d’assurance-maladie ne font qu’alourdir la dette publique. Si Sarkozy veut assainir durablement les finances de l’Etat, il a le choix entre réduire le niveau de protection sociale et augmenter les cotisations des citoyens. La France doit-elle rester le premier consommateur de médicaments au monde ? L’idée d’augmenter la participation financière des patients en matière de santé va dans le bon sens. Il est urgent de prendre d’autres mesures similaires, même si elles sont impopulaires. Reste à savoir comment Sarkozy fera face à la vague de protestations annoncée par les syndicats. L’application du service minimum dans le secteur public en cas de grève reste sujette à interrogation. Cette nouvelle réglementation n’a jamais été mise à l’épreuve et, aujourd’hui, on ne parle presque plus de la suppression annoncée des régimes spéciaux de retraite.
On ne saurait juger la politique de Sarkozy trois mois après son entrée en fonction. Sera-t-il un véritable réformateur ou cédera-t-il à la recherche du compromis, comme Jacques Chirac ? Le penchant populiste de Sarkozy est indéniable. Il exploite le moindre fait de société dont parlent la presse et les journaux télévisés pour se poser en sauveur. Sur le plan de l’économie mondiale, ses sempiternelles piques dirigées contre la Banque centrale européenne commencent à énerver. L’homme d’action ne comprend pas que la politique monétaire doit, à juste titre, échapper au contrôle des politiques, car c’est le seul moyen de lutter efficacement contre l’inflation, et donc de consolider la croissance.
Par ailleurs, Sarkozy est toujours capable de créer la surprise par son pragmatisme – comme ce fut le cas lors de la réforme d’EADS. Quoi qu’il en soit, le nouveau président français ne sera décidément pas un partenaire facile pour l’Allemagne.
Christian Schubert
Frankfurter Allgemeine Zeitung
Paru dans Courier international, hebdo n°878, 30 août 2007