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Au p'tit coin

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Argentine : le boom du soja et ses à-côtés

Alors que les producteurs de soja sont en grève, le quotidien Página 12 revient sur les méfaits – sociaux et environnementaux – de la monoculture intensive de cet oléagineux.

Doña Ramona Bustamante a 82 ans. Elle a toujours vécu et travaillé sur la même parcelle à Puesto de Castro, dans le nord de la région de Córdoba. En 2004, des hommes sont arrivés. Ils ont, par la force, chassé de leurs parcelles des dizaines de paysans. Ils ont détruit la maison de doña Ramona au bulldozer, ils ont tué ses animaux et ont contaminé son puits avec de l’essence. Mais doña Ramona ne s’est pas laissé faire. A force de crier et de protester, soutenue par le Mouvement national paysan indigène (MNCI), elle a récupéré sa terre et est devenue une référence de la lutte contre les producteurs de soja. Telle est l’histoire que racontait le quotidien de gauche Página 12 le dimanche 30 mars, alors que le pays est bloqué depuis la mi-mars par la grève des agriculteurs, et notamment des producteurs de soja, qui protestent contre la hausse des taxes à l’exportation des céréales de 25% annoncée par le gouvernement.

« La monoculture du soja a des conséquences dramatiques : exode rural, désertification, déforestation », souligne Página 12, qui affirme qu’« en dix ans plus de 200.000 familles ont été expulsées de leurs parcelles ».

Les petits paysans et les Indiens dénoncent depuis des années l’avancée du soja sur leurs territoires traditionnels. Selon les données du secrétariat à l’Environnement, la déforestation a détruit plus de 1 million d’hectares de forêt entre 2002 et 2006. Página 12 a fait le calcul : cela représente 277.000 hectares détruits par an, soit 760 hectares par jour, ou 32 hectares par heure. Le dernier recensement agricole montre que 10 % des exploitations agricoles les plus grandes concentrent 78 % des terres, tandis que 60 % des fermes les plus petites se répartissent 5 % de la superficie cultivable du pays. De plus, les nouvelles techniques agricoles ont permis de réduire de manière draconienne la main-d’œuvre : quatre hommes suffisent aujourd’hui à cultiver 1.000 hectares de soja.

Pour les petits paysans et les Indiens, la couverture médiatique de la grève du secteur agricole, « prête à sourire : jamais ils n’ont autant vu et entendu le mot campo (littéralement « campagne », dans le sens du monde rural ou agricole). “Car ils savent, poursuit Página 12, qu’il existe un campo blanc, de bons producteurs appartenant à la classe moyenne rurale, et un campo métis, invisible. »

 

Paru dans Courrier international, hebdo n° 909 - 3 avril 2008